Montage du jour : La maison Hubert Lacroix

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1963-2009

Source : Archives de la ville de Montréal VM94-U90-2

***Version originale d’un texte publié dans le journal Le Devoir le 10 août 2009.***

Usée par le temps, la maison Hubert Lacroix, construite à l’époque de la nouvelle France est aujourd’hui disparue du paysage montréalais.  Reconstruite à une vingtaine de kilomètres de son lieu d’origine, l’édifice dont la pérennité devait être assuré suite à son implantation dans un village historique à toutefois connu un tout autre destin.

Sur une terre concédée par le sieur de Maisonneuve en 1655, Hubert Lacroix, un riche négociant faisant la traite des fourrures, érigea une maison de ferme en 1690 sur ce qui correspond aujourd’hui au terrain de la maison de radio-Canada.  Dotée d’un sous-sol élevé, d’un rez-de-chaussée divisé en 2 grandes salles et d’un étage sous les combles, cette demeure, dont les murs extérieurs avaient exactement 3 pieds d’épaisseur, fut notamment construite à l’aide de pierres tirées du lit d’une rivière qui passait autrefois non loin de là.

Occupé par la famille Lacroix jusqu’en 1790, la résidence, qui sera transformé en établissement industriel vers la fin du 19e siècle, deviendra également à la même époque un important lieu touristique suite à sa mention dans un guide de la ville comme étant la plus vieille maison de ferme de la métropole.

Plus d’un demi siècle plus tard, l’immeuble, alors converti en duplex et situé au cœur d’un pâté de maison du faubourg à m’lasse avait par conséquent totalement sombré dans l’oubli.

Il suscita néanmoins l’intérêt du service  d’urbanisme de la ville de Montréal ainsi que celle de la commission Jacques Viger lorsqu’il fut redécouvert en 1963 suite à la démolition des édifices l’entourant pour permettre la construction de la tour de Radio-Canada.

Bien que le site soit aujourd’hui transformé en parc, il semblait alors inconcevable de conserver la résidence sur son lieu d’origine.  N’étant pas à l’échelle des édifices du vieux-Montréal où on avait d’abord songé à la transporter,  la ville ainsi que la commission Viger firent donc cadeau de la propriété au village historique Jacques de Chambly, un village musé fondé en 1961 dans l’actuelle ville de Carignan.

Devant se charger des frais de transport et de restauration, la corporation du village historique organisa donc une collecte de fonds et grâce à la générosité de nombreux donateurs, la maison Lacroix était ainsi sauvée de la démolition en novembre 1963.

Faute de financement, le village historique fit malheureusement faillite en 1967, son terrain fut subdivisé  et tous  les édifices qui le composèrent, y comprit la maison Lacroix, furent désormais laissés à l’abandon.

Quelques années plus tard, le lot comportant la maison Lacroix passa alors aux mains d’une compagnie qui transforma le site en zone industrielle afin d’y exploiter une carrière ainsi qu’une usine de bitume.

Le nouveau propriétaire, alors peu soucieux du sort de la maison historique, la laissa donc aux soins des pilleurs et des intempéries.

Envahie par une végétation luxuriante, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, la demeure dont les murs de pierre semblent toutefois aussi solides que lors de sa reconstruction n’est aujourd’hui plus qu’une structure vide.

Sauvée de la démolition afin de devenir une représentation de l’évolution de l’architecture et du savoir faire du peuple québécois, la maison Hubert Lacroix est ironiquement devenue aujourd’hui, l’antithèse même de notre devise : Je me souviens

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Voici quelques photographies de la maison dans son environnement actuel :

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Vue éloignée depuis le chemin public menant à la carrière.  Notez que le plan d’eau n’est pas un lac mais plutôt une carrière inondée.

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La maison vue de l’avant

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La maison vue de l’arrière

Vous pouvez également visionner des vidéo historique de l’endroit ici.

11 comments

  1. C’est d’une tristesse de voir laissé à l’abandon une aussi vieille maison.

  2. VERY interesting! Thank you very much for this tidbit!

    Can you geolocate this on a map? I go around those parts often enough, but I’ve never heard of this.

  3. Monsieur, vous ne comprenez pas. Le passé, c’est des vieilleries, et des souvenirs honteux. C’était une époque où la technologie était très primitive, donc ces choses là coûtaient très cher. Il serait ridicule de transporter ces coûts exorbitants dans le présent, car ces vieilles choses là, ce n’est pas payant.

    Prenez plutôt exemple sur le propriétaire de l’usine d’asphalte; ça c’est payant: on prend un petit contrat pour paver un p’tit bout de route, on donne un $1000 en dessous de la table au parti libâral, ce qui nous assure un autre contrat pour faire un autre p’tit bout de route, qu’on prend bien soin de ne pas faire trop précautionneusement pour qu’on ait à le refaire dans 10 ans (5 si le travail a été fait selon les règles de l’art).

  4. J’ai un petit tableau de Narcisse Poirier où figure cette maison. Il n’y a pas de date, mais au dos de la toile on lit rue Dorchester. La toile montre la vue arrière de la maison (on voit la cheminée, on voit une structure qui va au grenier et il y a une dépendance à droite. Merci pour ce morceau d’histoire, je trouve déplorable que notre patrimoine se retrouve à la poubelle.

  5. Ironie du sort: l’actuel président de Radio-Canada s’appelle Hubert T. Lacroix.

  6. m. Guillaume st-Jean je fais un travail de recherche élaborée sur l’oeuvre de Narcisse Poirier, j’aimerai communiquer avec vous.

  7. M Morin, je fais un travail de recherche élaborée sur l’oeuvre de Narcisse Poirier, j’aimerai communiquer avec vous

  8. IL EST D’AUTANT PLUS DÉPLORABLE LE SORT FAIT A CETTE MAISON, RELIQUE DU PASSÉ, QUE NICOLAS HUBERT DIT Le Grand LACROIX EST UN PIONNIER DE MONTRÉAL. IL ÉTAIT MAÎTRE TAILLEUR ET MILICIEN, ON RETROUVE SON NOM DANS PLUSIEURS ACTES NOTARIÉS DE VILLE-MARIE. IL FUT CAPORAL DE LA DIX-SEPTIÈME ESCOUADE DE VILLE-MARIE FORMÉE PAR MAISONNEUVE.

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