Audiotopie : découverte urbaine multisensorielle

Ce billet est contribué par Andréanne Chevalier. Andréanne a des formations en anthropologie, en études urbaines et en journalisme. Elle aime les sujets sociaux et urbains, l’art et ce qui sort de l’ordinaire.

Audiotopie a lancé, samedi dernier, un nouvel audio guide interactif intitulé Dans le ventre du parc Jarry. Il s’agit du 10e parcours créé par la coopérative montréalaise. Les circuits d’Audiotopie sont conçus dans le but de mettre Montréal en valeur par des ambiances. Mais surtout, ils visent à faire participer l’auditeur et à le rendre actif dans sa découverte du milieu. Le tout, à partir d’une station de métro!

Née en 2008, à l’initiative de quatre artistes, Audiotopie se situe à la croisée de l’architecture de paysage et du son. Les audio guides qu’elle produit se veulent des moyens pour aborder l’espace d’une manière différente et d’engager la réflexion sur les espaces publics. Pour cela, les audio guides offerts vont jusqu’à proposer d’aborder la ville par le toucher – comme dans Inclusion tactile – ou de déclencher les trames sonores par GPS. Ils se distinguent en outre par la création d’ambiances auditives – notamment par l’intégration constante de musique électro-acoustique. Ils sont accessibles, gratuits et téléchargeables sur leur site Internet.

Une des caractéristiques principales d’Audiotopie est la création de parcours à partir de l’analyse des interactions sociales. L’exemple le plus révélateur à cet effet est le guide Accessibilité universelle, autour du métro Berri-UQAM. Cet audio guide fait partager les difficultés vécues par neuf femmes handicapées, en termes d’accessibilité face à l’aménagement urbain. Yannick Guéguen, architecte paysagiste de formation et membre fondateur de la coopérative, fait valoir que l’objectif visé par les audio guides est de « savoir comment les gens perçoivent un lieu, du point de vue social. Ce n’est pas tellement l’histoire du lieu qui est importante, mais comment tu le vis à chaque fois. Ça peut être un lieu sans histoire. Beaucoup de nos audio guides se passent dans des lieux sans histoire ».

Guéguen poursuit en ajoutant que les guides sont « comme des outils pour repenser la ville ». Il voit la ville comme un projet. Et il cherche à développer des idées nouvelles par rapport aux lieux. Pour lui, il s’agit de découvrir un espace connu « comme si c’était un nouvel aménagement, plutôt que quelque chose qui finalement est une illustration de quelque chose de déjà existant ».

N’est-il pas un peu paradoxal de vouloir aborder les ambiances sonores de la ville écouteurs aux oreilles? Selon Guéguen, « On [Audiotopie] essaie d’amplifier les ambiances. Mais plutôt que de mettre l’auditeur dans une bulle, de le couper de l’environnement, ça fait l’effet inverse. On ouvre le regard et l’ouïe. Donc, c’est un peu l’antithèse de quelqu’un qui prendrait son baladeur et qui viendrait se couper de l’environnement ».

De cette façon, l’auditeur est appelé, par exemple, à diriger son attention et à écouter le son du pont qui chante sous le roulement des voitures, sur le Canal de Lachine.

www.audiotopie.org

Photo de Audiotopie: un des artistes en train de capter du son près du Pont Jacques Cartier, dans le cadre du projet  “Carte postale sonore avec Conscience urbaine”.

One comment

  1. Article très intéressant. Je ne connaissais pas Audiotopie, mais j’ai vraiment le goût d’en savoir plus. Merci pour cette découverte!

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