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Canadian Urbanism Uncovered

Habiter Montréal

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Mon meilleur ami quitte Montréal.

Je sais qu’il n’est qu’une goute dans le flot de résidents de cette ville qui s’écoulera vers les luxuriants paysages d’ailleurs. L’école, le travail, l’amour : ces raisons sont souvent invoqués pour justifier l’abandon de son chez soi. En effet, qui, en ces jours de déplacements rapides, de communications instantanées, du tout-est-possible, voudrait se contraindre à un simple lieu?

Pourtant, moi j’ai décidé d’habiter Montréal.

C’était inconscient au début, c’était chez moi bien avant que j’aie saisi que le monde s’étend au-delà de cette île.

Puis, comme un ami d’enfance qui éveille en soi de nouvelles émotions à l’adolescence, j’ai développé un kick sur Montréal. Je me rappelle de mon émerveillement quand, aboutissant dans le carré Saint-Louis un bel après-midi de printemps, je suis tombé sur un vieux couple de musiciens qui jouaient chacun sur sa harpe. Qui pouvaient bien être ces formidables personnages du paysage Montréalais? Pouvais-je vraiment me compter parmi eux?

Plus ça allait, plus je tombais amoureuse : la ville me dévoilait ses faces cachées, elle m’offrait une liberté dans ses espaces indéfinis et, sur chaque coin de rue, elle me faisait la cour avec des rencontres qui semblaient trop parfaites pour être du simple hasard…

Mon intérêt pour l’urbanisme à vu le jour dans un contexte bien moins romantique, lors de mon Bac en Sciences environnementales. Dans ce contexte, l’aménagement était un moyen de réduire notre impact environnemental. Pour la première fois, mon amour de la ville ne me paraissait pas fondamentalement en conflit avec l’objectif de vouloir conserver l’environnement.

J’ai contemplé des études en urbanisme mais j’ai hésité à adopter un regard académique ou professionnel sur ma ville (pourquoi cherche-t’on toujours à contrôler ce qu’on aime?) J’ai hésité et pendant ce temps j’ai cherché à comprendre le paysage urbain. J’ai exploré, pied sur la pédale, caméra autour du poignet. Je suis devenue accro des pages de nouvelles locales et, dans la blogosphère, j’ai retrouvé tout une communauté de Montréalais conscientisés et passionnés de leur ville.

Et là, je viens de déposer ma demande d’inscription dans tout une autre domaine, à l’UQAM où on retrouve la Chaire en éducation relative à l’environnement. (Et là aussi je vous écris en français, le langage vernaculaire de cette ville – il était grand temps de m’approprier cette seconde langue comme la mienne)

On se dit préoccupés par les enjeux environnementaux, mais je crois qu’on oubli souvent que l’environnement, c’est ici. L’environnement, c’est là où nous sommes. Vivre en harmonie avec l’environnement, n’est-ce pas de redécouvrir son milieu de vie, de développer un sentiment d’appartenance, de l’habiter? Habiter un lieu c’est plus que simplement y résider – de poser ses valises ici ou là pendant un moment ou pour sa vie entière. Habiter un lieu c’est de le connaître, de l’observer, et de s’y enraciner. C’est une relation intime qui bénéfice finalement autant à la personne qu’au lieu (voir: D. Orr, 1992, Ecological Literacy).

Moi, je veux habiter Montréal.

Je sais que ce ne sera pas le choix de tous. Beaucoup encore seront attirés par les opportunités d’ailleurs; d’autres ne sont que de passage, enchantés aujourd’hui et repartis demain. Moi aussi, j’ai voyagé, j’ai flirté avec d’autres lieux pour finalement revenir chez moi.

Les études, le travail, l’amour, le chez soi. J’aimerais bien que le lieu fasse partie de cette liste de choix fondamentaux que nous invitons à affecter profondément le cours de notre vie.

Et vous?

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16 comments

  1. Wow, quelle belle déclaration d’amour pour cette ville que j’aime aussi. Mon histoire est différente mais le résultat est finalement le même. Ayant grandi sur la Rive-Sud, j’ai passé plusieurs années à ‘regarder’ la ville, si belle. Le paysage urbain, avec ses édifices illuminés et cette lumière tournante sur la Place Ville-Marie m’ont attirée comme un insecte. J’ai ‘traversé le pont’ comme on dit, à l’age de 18 ans pour ne plus jamais quitter MA ville. Je m’y suis enracinée et mes enfants y ont grandi. Dans la tumulte de la vie, on a tendance à oublier…
    Merci pour le texte et pour m’avoir donné l’opportunité d’exprimer mon ‘kick’ sur cette belle ville.

  2. Je suis enfin de retour chez moi après 5 ans passé en Estrie.
    Quel bonheur d’être de retour dans la Grande Ville!
    Elle me manquait terriblement.
    :)

  3. Beautiful, Alanah.
    Let’s meet for drinks sometime and talk about the sparkling concrete, the spontaneous gatherings, the spaces and places, the city.

  4. Félicitations Alanah! Quel beau texte.
    You manage to inspire us in both languages…Thank you!

  5. Brava, Alanah! J’ai hâte de connaître tes études en “éducation en rapport à l’environnement” – l’écologie urbaine, comme nous disons depuis des années, est intimement liée à l’urbanisme… et à la psychogéographie.

    En tout cas, ton ami qui part, ça te fait un port d’attache ailleurs. Ce n’est pas aussi dramatique qu’autrefois, avec le courriel et Skype.

  6. :) You’ve said it all! Thank you Alanah.

  7. Excellent texte – j’essai justement de me raciné dans mon nouveau quartier donc j’ai bien apprécié ton blog.

  8. Et moi j’ai dû quitter la ville…île de ma naissance, ville de ma naissance. J’ai voyagé le monde de Londres à Bombay (Mumbai; les critiques diront mais là-bas y disent toujours Bombay) pour voir autrement.

    I had to leave, tanné d’être un anglais avec aucune appartenance à la nation “québecoise” avec ses routes aux nids de poules (the mercier bridge is beyond third world…half of st constant could just fall into the river at 5 pm on a tuesday)…and a place where my bachelor’s in urban studies would be worthless outside of the province.

  9. Comme d’autres l’ont dit avant moi, félicitations, et quelle belle éloge à notre ville. Bien que cela fait longtemps que j’aime Montréal pour ses nombreuses vertus culturelles et architecturales, j’y trouve encore le moyen de m’émerveiller, ne serait-ce qu’en prenant une rue autrefois inconnue qui me révèle une nouvelle facette de cette ville complexe, comme ce fût le cas la semaine passée.

    De plus, les reflets de notre ville n’est en effet que le reflet des gens qui y habitent, à travers temps et espace. Sans eux, elle n’existerait pas, elle n’aurait pas d’âme.

    Je complète présentement aussi un B.Sc. en Environnement et comme toi, cela a développé un intérêt déjà bien présent pour l’urbanisme. Je ne crois pas que cela soit une coïncidence car, comme tu le dis si bien, l’environnement n’est pas que les étendues vierges de forêt boréale, ou les champs agricoles des plaines montérégiennes ou la forêt mixte du Mont-Royal, mais bien tous les espaces ou nous vivons, y inclus les villes. Notre ville, ma ville, Montréal.

    Merci pour ton texte, écris avec grâce et romance.

  10. Je ne sais pas qui a dit: “Act like a tourist at home and like a local when you travel”, mais c’est un bon conseil. Et il faut toujours nous rappeler qu’on est que des touristes sur cette planete! Il ne faut pas l’abuser.

  11. Que belle chronique! Et, felicitations d’avoir approprier cette seconde langue comme la tienne – c’est très beau et tu t’exprime gracieusement.

  12. Je pense que de prendre conscience qu’on va faire sa vie à Montréal – en se permettant quelques infidélités – est une étape essentielle.

    Cette ville a besoin de bâtisseurs. Et on ne construit rien qui dure quand on ne pense qu’à partir.

  13. Voilà une déclaration d’amour honnête et sans arrogance! Je suis tout à fait d’accord avec l’idée d’appropriation d’un lieu. Il faut apprendre à le connaître; parfois l’admirer, et d’autres fois le questionner.

    Par ailleurs, je crois, comme dans n’importe qu’elle autre facette de notre vie, faut-il aller voir ailleurs pour en revenir plus expérimenté et donc plus apte à changer son chez-soi d’une façon “positive”. Le déménagement d’un individu, ne veut pas nécessairement dire son départ à tout jamais.

    J’aime rêver à un Monde sans frontière, où l’appropriation des lieux se fait par tout le monde à travers le Monde.

    J’aime bien que mes invités se sentent chez-soi dans mon petit chez-moi. Et vice-versa…

  14. A beautiful love letter to our city, thanks Alanah!

    I only hope that others will add to your commitment and support every effort to make this island a greener, more beautiful place to live in.

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