Et vous, quelle est votre trajectoire?

 

Si l’on veut comprendre la dynamique propre d’un lieu précis ou d’une ville, il n’est pas évidemment pas suffisant d’en étudier la forme ou la composition sociale. Il est aussi primordial de comprendre la place qu’occupe ce lieu dans les trajectoires individuelles qui s’y croisent et s’y enchevêtrent. C’est que j’ai voulu faire durant la consultation ambulante “Mettez-vous sur la mappe!” (ou “Put yourself on the map!”), organisée en collaboration avec le Centre d’écologie urbaine (CÉU) en 2007. Nous (les gens du CÉU et moi) nous sommes promenés un peu partout dans Milton-Park (au Second Cup, dans un passage de La Cité, au centre communautaire) et avons demandé aux gens de se “situer” eux-mêmes dans le temps et l’espace. Nous voulions, en sommes, comprendre ce que Milton-Park représentait pour eux.

Cinq ans plus tard, je me pose toujours la même question, mais je la pose cette fois-ci pour Montréal dans son ensemble. Dans le cadre du colloque-événement Trajectoires Montréal, qui se tiendra au Carrefour des arts et sciences de l’UdM les 20 et 21 septembre prochains (ainsi qu’à St-Hyacinthe le 22 pour la journée sur l’alimentation), nous avons effectué un court sondage s’adressant à tous les habitants du Grand Montréal et visant à mieux cerner ce que Montréal représente pour eux (les résultats du sondage serons dévoilé à 13h00 le 20 septembre). Nous allons aussi réunir lors de la première journée du colloque divers penseurs et praticiens d’horizons différents afin de creuser plus profondément cette question de la place de Montréal dans les vies de ceux qui la traversent. Lieu de refuge ou lieu de divertissement? Milieu de travail ou milieu de vie? Ville marché ou ville sacrée? Voilà quelques-unes des tensions et contradictions que nous permet d’explorer la notion de trajectoire.

À mon avis, cette notion de “trajectoire” est féconde parce qu’elle nous permet de cerner une réalité qui échappe souvent aux chercheurs en science humaine: ceux qui occupent le même “espace social” (ou la même “classe sociale”) à un moment précis ne partagent pas nécessairement le même habitus (pour utiliser l’expression de Bourdieu) – c’est-à-dire qu’ils ne proviennent pas nécessairement du même endroit, qu’ils n’ont pas nécessairement les mêmes aspirations et donc que leurs trajectoires futures risquent de diverger. En somme, beaucoup gens dans une ville comme Montréal peuvent se croiser et partager, pendant un moment, un même milieu de travail, un même mode de vie et un même “espace social” sans toutefois avoir la même trajectoire. Voilà un exemple d’un concept théorique qui nous aide à mieux appréhender la réalité empirique: l’espace urbain n’est pas fait d’entités cohérentes et stables juxtaposées les unes aux autres; il est plutôt tissé des trajectoires changeantes des sujets (et objets) épars qui se côtoient et s’emmêlent dans la ville.

En somme, Montréal est un noeud énorme de “fils conducteurs” que nous essayerons, le temps d’un colloque, de démêler. Si cela vous intéresse, vous pouvez vous inscrire gratuitement au colloque en écrivant à l’adresse trajectoiresmtl@gmail.com.

 

 

 

One comment

  1. Et comment traiter les personnes qui ont suivie une longue parcours avant de venir à Montréal?

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