Dimanche démocratique : Il buono, il brutto, il politico

Les candidats principaux

Il nous reste une semaine avant que nous ne prenions une décision collaborative sur l’avenir de la Métropole. Certains d’entre vous auront exprimé par avance vos voix au vote par anticipation (ce dimanche, midi à 20 h). Ce serait bien l’option pour les militants, et ceux qui savent déjà la réponse à la question : qui est assez capable à éviter la noyade d’île de Montréal ?

Soyons intelligents, mes concitoyens. Informez-vous. Enquérez-vous des engagements. Analysez les programmes.

Or, qui les Montréalais devraient-ils élire ? Révisons les grandes lignes des trois candidats principaux : Richard BERGERON (Projet Montréal), Louise HAREL (Vision Montréal), Gérald TREMBLAY (Union Montréal).


Projet Montréal :

The Good –
Un document qui s’étend sur 72 pages, incluant des dates concrètes pour la réalisation des projets, ainsi qu’un budget détaillant le financement pour ses engagements – Projet Montréal semble est le seul parti dans la campagne électorale qui tiendra ses promesses. Ils couvrent tout aspect de la vie montréalaise :

  • les infrastructures (éliminer l’autoroute Bonaventure)
  • les transports (assurer la gratuité du service pour les déplacements internes au centre-ville)
  • le design urbain (rendre la ville plus conviviale en installant des fontaines dans les lieux publics achalandés et des toilettes publiques)
  • la gouvernance (les débats publics)
  • la joie de vivre (encourager ainsi l’animation locale et permettre aux artisans locaux de vendre leur production, par exemple lors de Fêtes et de foires commerciales [marché de Noël, marché des récoltes])

Même si seulement un quart des promesses se concrétisent, Montréal regagnera sa place en tant que ville étoile du Canada, voire l’Amérique du Nord.

The Bad –
Préparez-vous, les urbanistes, pour un énoncé bouleversant : le tramway n’est point le Messie. Ainsi soit-il. Néanmoins, Projet Montréal le vénère. Ayant habité en plusieurs villes mondiales, je peux attester que les tramways apportent des avantages et comportent des désavantages. Il ne faut jamais se focaliser sur un mode de transport; Montréal a besoin d’un cocktail de modes afin de faciliter la circulation en ville. Certes, il y existe actuellement des projets de prolongation qui serviraient mieux la population en forme d’un réseau de tramway. Mais, les tramways ne fournissent pas toujours l’efficacité et la vitesse nécessaires pour convenir aux citoyens en toute saison. En plus, la notion de « tramway » est souvent mal comprise. À nos jours, elle semble englober en effet plusieurs technologies différentes : le métro léger de San Francisco (souterrain) et de Calgary (surface), le streetcar traditionnel de Toronto et les lignes prioritaires ou dénivelées de Paris. Malgré les images des centres européens avec lesquels Projet Montréal nous tente, ses plans montréalais s’inspirent davantage du réseau torontois. Demander aux navetteurs si le trajet quotidien sur le 501 Queen Streetcar leur satisfait.

The Ugly –
Les voitures nuisent à l’essence humaine. Je les déteste; je l’assume. Pourtant, je reconnais la valeur et l’importance de ce mode de transport. Montréal est loin d’être une ville européenne; l’étalement urbain nous a bien frappés sur les fesses. Il faut donc obligatoirement instaurer et promouvoir les transports alternatifs avant d’exiger les Montréalais à laisser leurs chars. Sinon, ces efforts se traduisent en des attaques à la liberté des citoyens à se déplacer. Le programme du Projet Montréal, il s’agit des initiatives ségrégationnistes (des rues pour les piétons, des rues pour les tramways, des rues pour les vélos), au lieu d’idées intégrationnistes (le partage de la voirie pour tout mode de transport). Les zones piétonnières datent du 20e siècle ; les routes nues du 21e.


Vision Montréal :

The Good –
Un revoir à une gouvernance centralisée à la mairie. Il ne surprend personne que cette doctrine provînt de la part de Vision Montréal. Pour ceux qui ont déjà désappris l’histoire, Mme Harel a orchestré le mouvement des fusions municipales à travers le Québec qui a été âcrement reçu par certaines administrations dans l’agglomération montréalaise. Peut-être les fusions n’étaient-elles pas une bonne idée. Peut-être les fusions sont-elles la meilleure invention depuis l’Internet. Quoi qu’il en soit, je n’accepte point la situation actuelle.

  • 73 élus et 19 arrondissements pour 1 620 693 Montréalais
  • 44 élus et 6 arrondissements pour 2 503 281 Torontois
  • 51 élus et 5 arrondissements pour 8 363 710 New-Yorkais.

Et pourtant, ces deux derniers nous dépassent dans plusieurs domaines. Vision Montréal a tout à fait raison. Il faut une révision de la gouvernance sur l’île avant que nous ne passions à autre chose. Sinon, tous les beaux projets proposés par les partis politiques ne servent à rien. Quoique Vision Montréal n’explicite pas ses intentions de réfusionner l’administration, je l’entends dans la citation « Une gouvernance revue et corrigée; une ville=une vision=une direction ». Enfin.

The Bad –
Panem et circenses
: une administration Harel assumera la direction nécessaire à la réalisation des cinq grands projets catalyseurs, dont le dépôt, en avril 2011, de la candidature officielle de Montréal à titre de ville-hôtesse de l’Exposition universelle de 2020 et l’organisation des fêtes marquant, en 2017, le 375e anniversaire de fondation de Montréal. Ces idées traversent l’archaïsme ; tout comme Mirabel et le réseau autoroutier. À compter du début du 20e siècle, il n’existe guère de villes qui jouissent des privilèges d’organiser deux des Big Daddies d’événements mondiaux : Paris, Barcelone, et Montréal. Alors que ces premières sont devenues de véritables centres internationaux, ici, nous nous débattons. Ceci nous montre l’incompétence totale des administrations municipales successives; avec tous les outils disponibles, présentés sur un plat d’or, ils ont réussi à laisser notre ville s’émietter. La honte. Nous tous aimons les fêtes. Certains davantage que d’autres. Néanmoins, au lieu de nous faire engager par des cirques, il faut redresser la situation précaire de l’état de Montréal.

The Ugly –
Les études, les études, les études! Je les hais, car elles se sont évolué en tant qu’outils utilisés par des gouvernements afin de montrer qu’ils réagissent sans avoir vraiment réagi. Combien d’études avons-nous déjà effectuées sur le sujet de TGV Montréal-Toronto, Montréal-New York, Montréal-La Lune durant les dernières cinquante années? Et pourtant, notre inaction sur ce sujet oblige des milliers de Montréalais à quitter leur ville pour améliorer leurs carrières.
Quant à Vision Montréal, quelques engagements manquent des dates concrètes, ou même visent aux dates aussi lointaines qu’il semble s’attendre à l’étourderie civique. D’autres reposent sur des études (par exemple – étudier l’implantation du tramway et le prolongement du métro jusqu’à Anjou et jusqu’à Bois-Franc). Chers amis, combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Au moins une centaine. Les concepts ont l’air d’être piqués d’autres partis. Projet Montréal nous présente un plan détaillé sur l’accès au fleuve Saint-Laurent, Vision Montréal nous présente de jolis mots. Pour cette raison, ce programme constitue parfois le pire du vague.


Union Montréal :

The Good –
Ville culturelle, ville de création : pour ceux qui ne savent pas, aujourd’hui nous vivons dans le monde postindustriel, l’économie du savoir. L’avenir de Montréal reste sur son positionnement en haut d’une nouvelle échelle basée sur les attributs de nos biens : la main-d’œuvre formée. Union Montréal consacre une bonne partie de son programme sur les éléments clefs qui nous aideront à atteindre cet objectif : permettre à un plus grand nombre d’étudiants montréalais d’avoir accès à un stage à la Ville de Montréal ; intensifier l’action de la Ville en matière d’art public; renforcer les actions du chantier « Réalisons Montréal, ville UNESCO de design » (notamment les shukos);

Il est vrai : les villes qui réussiront le mieux au plan économique au XXIe siècle seront celles qui pourront miser sur une population détenant un haut niveau d’éducation.

The Bad –
Poursuivre, poursuivre, poursuivre.

  • Poursuivre le programme de soutien à la rénovation résidentielle en collaboration avec le gouvernement du Québec
  • Poursuivre les démarches auprès du gouvernement du Québec pour augmenter le financement des organismes oeuvrant auprès des personnes itinérantes
  • Poursuivre les démarches entreprises à la Ville et les discussions avec le gouvernement du Québec pour l’aménagement d’un lien urbain dans l’emprise de l’autoroute 440 et le prolongement du boulevard Jacques-Bizard vers de nouveaux accès à l’autoroute 40 afin de soutenir le développement de l’ouest de l’île
  • Adopter une nouvelle édition du Plan de développement durable pour les années 2010 à 2015 afin de poursuivre le travail et les engagements de la Ville et de ses partenaires en cette matière.

Poursuivre : Essayer de rejoindre pour obtenir qqch. de. Poursuivre des acheteurs, des clients. « Poursuivre » laisse la garantie de réussite dans les mains d’autres. « Poursuivre » verbalise : en espérant que vous me donnez l’approbation. Ni le Québec, ni le Canada ne nous sauveront ; Jésus, Allah et Buddha non plus. Remplacer ces « poursuivres » par des « entreprendres ».

The Ugly –
« J’ai fait… » : Il aurait mieux fallu que l’équipe Tremblay se dispense d’évoquer l’histoire. La majorité de la plateforme aurait pu être réalisée durant les dernières HUIT (8) années que notre maire détenait le pouvoir. Diminuer la vitesse de 50 km/h à 40 km/h sur l’ensemble des rues résidentielles locales dès la fin de l’année 2010 ; implanter le service rapide par bus en site propre sur le boulevard Pie-IX dès 2010 ; ceux-ci pourraient être entamés à partir d’hier. En outre, le programme englobe quelques engagements déjà concrétisés durant le mandat actuel de Tremblay. Poursuivre le déploiement du réseau BIXI ? Je m’en promène déjà. Investir dans la restauration et la mise en valeur de nos espaces publics en complétant les travaux du square Dorchester et de la place du Canada ? Vision ou Projet Montréal les cesseraient ?

Son programme lance : les huit années qui nous séparent de 2017 sont cruciales.
Notre réplique devrait cingler : qu’en advenait-il des dernières huit ?

Vote or Die.
Quoi que soit nos choix, je voterai dans les élections municipales la semaine prochaine. La démocratie ne nous garantit pas que nos élus tiennent leurs promesses. Cependant, elle est la meilleure option que l’on a en ce moment.

7 comments

  1. C’est là qu’on se rend compte qu’il faudrait vraiment faire réaliser ceci à tous les élécteurs de Montréal qui risquent de voter par défaut pour Tremblay ou Harel parce qu’ils ne connaissent pas Bergeron et son parti.

  2. Merci pour votre traitement des candidats. C’est certainement l’un des meilleurs que j’ai lu, et l’un des seuls qui exprime la même frustration que je connais depuis le début de cette saison électorale.

  3. wow, un article qui contient pas moins de quatre différentes langues ! pouvez-vous me traduire la phrase en latin SVP ?

  4. Merci pour ce résumé de la situation!

    Je voterai Projet Montréal le 1er novembre et pour la première fois de ma vie, je voterai *pour* un parti au lieu de *contre* les autres.

    Malgré ça, je suis d’accord que le Tramway est souvent representé comme la réincarnation de Jésus. :-)

    Je m’interroge aussi quand j’entends M. Bergeron dire qu’il financera tel ou tel engagement grâce à un péage urbain… si Québec le permet.

    C’est bien platte pour nous, mais ce sont les couronnes qui font et défont les gouvernements provinciaux. Jamais un parti provincial n’osera déplaire aux couronnes en imposant un péage sur les ponts.

    Pour qu’un péage se fasse, il faut que ce soit une initiative 100% municipale… est-ce possible au point de vue légal/jurisdictionel? Un “congestion charge” comme à Londres?

    Ce qui est le plus encourageant avec PM cependant, c’est que ce sont les seuls qui semblent comprendre que c’est possible de renverser un cercle vicieux (l’exode des familles) en cercle vertueux. En gros, il faut offrir un “produit” différent des banlieues… offrir une “plus-value” aux gens. On ne gagnera jamais à essayer de battre Laval sur le parking abondant et les énormes égoûts à bagnoles (leurs soi-disant boulevards).

    Si PM réalise une fraction de ses engagements, ce sera peut-être assez pour attirer assez de monde pour financer le reste. :-)

    –X

  5. Bonjour – je voulais vous remercier surtout pour le lien vers les “routes nues” – http://video.aol.com/video-detail/shared-spaces/3974734676

    C’est extrêmement riche et intéressant, surtout en considération de sa nature courte. Pour moi, tout l’intérêt de la théorie se résume avec la citation suivante (d’une expert qui présente Manchester, vers la fin) :

    All of these things are saying to the driver: this isn’t the kind of road that I can just assume that I’m in control and don’t have to pay attention to other users. It’s getting back to that eye contact, where am I, what should I be doing, who should I be on the look-out for?

    ( Tous ces éléments prises dans leur ensemble indiquent au conducteur que « ceci n’est pas une voie du genre qui me permet de présumer que je suis en contrôle de la chaussée et par conséquent ignorer les autres utilisateurs ». Il s’agit de ré-valoriser la reconnaissance visuelle, l’identification du lieu, la vérification du comportement et la surveillance. )

    Je conseille vivement cette petite documentaire à l’ensemble des lecteurs de Spacing.

  6. Le tram n’est pas la Messie, mais j’en ai tellement apprécié les avantages à Amsterdam et d’autres villes européennes que je pense que c’est un atout de taille. Les trams ont une longue histoire dans des villes froides et enneigées comme Leningrad/Petrograd/St-Petersbourg et Varsovie depuis un siècle. En effet, il faut une priorité de signalisation et un site propre en autant que possible pour éviter les embouteillages torointoises.

    Je suis contre les rues nues et le “cyclisme véhiculaire”, d’après mon expérience vécue dans des villes qui ont développé le cyclisme urbain et le tram.

  7. Maria: Quelles sont les différences entre “cyclisme véhiculaire” et “cyclisme urbain”?

    Je pense que PM ont fait des progrès considérables au point de vue “notoriété” depuis quelques semaines. Maintenant il faut convaincre les gens qu’ils ne sont pas des “pelleteux de nuages” mais qu’ils sont capables de mettre en place leurs idées. Il faut prouver qu’ils savent compter. Il faut que toutes leurs présentations futures sur le tram incluent des images de tram en hiver!

    Toujours sur le même sujet (Apaisement de la circulation, transport collectif, Projet Montréal):

    Extrait de la fin du néandertal:
    http://www.dailymotion.com/video/xax5ep_la-fin-du-neandertal-extraits-proje_news

    –Xavier

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