Au lancement de « Montréal et l’eau, une histoire environnementale » par Michèle Dagenais

Ce billet est une contribution spéciale de Jean Desjardins, résident de Villeray, historien et enseignant d’histoire et géographie à la Commission Scolaire de Laval.

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L’intérêt des environnementalistes, des géographes, des urbanistes et des administrateurs publics pour l’eau de Montréal atteste de son importance. Cependant, l’histoire des Montréalais et l’eau s’avérait un sujet encore inexploré par la discipline. C’est à Michèle Dagenais, professeure à l’Université de Montréal, que revient le mérite de l’initiative. L’historienne publiait le mois dernier «Montréal et l’eau, une histoire environnementale». J’ai pu assister à la conférence de lancement (transparence totale: Madame Dagenais a dirigé mon mémoire de maîtrise en histoire politique en 2005). On réécoutera aussi l’entrevue qu’elle donnait à Joël Lebigot.  Par son livre, l’historienne se propose d’aider les Montréalais à comprendre les transformations de leur rapport avec l’eau, qu’en expliquant les arrangements du passé et les contraintes du présent, les citadins puissent mieux réinventer cette relation.

En discutant ainsi d’«arrangements» passés, Michèle Dagenais écarte la nostalgie et rétablit les faits: quoiqu’on en soit venu à croire, l’époque dorée, le passé mythique des Montréalais avec l’eau n’a jamais existé. Les berges boueuses et le fond rocailleux autour de l’île n’ont d’ailleurs jamais permis d’aménager des plages. Oui on plongeait… dans les eaux du Canal Lachine! D’autres personnes dans l’assistance auront relaté des souvenirs semblables en des lieux comme Tétreaultville.

Il y a bien eu un désenchantement des Montréalais pour l’eau. Il survient après la 2e Guerre mondiale, par l’effet combiné de l’explosion de la suburbanisation à toutes les rives ce qui coupe momentanément l’accès au fleuve et rivières, tandis que les activités portuaires perdent en importance dans l’économie, donc dans leur symbolique pour les Montréalais. En 1968, la clôture métallique toujours en place au port provoque un autre choc. Toutefois, les sensibilités d’aujourd’hui pour l’insularité de Montréal et la qualité de l’eau n’ont pas toujours existé! Par exemple, la pollution existe depuis fort longtemps, mais on ne se souciait pas autrefois de la qualité de l’eau pour ses usages récréatifs.

Le premier événement qui va transformer le rapport des Montréalais à l’eau est la démolition des fortifications de Montréal dans la première moitié du 19e siècle. La ville maintenant désenclavée, faciliter la circulation rend nécessaire l’assèchement des ruisseaux, malsains de toute façon. Notre ville est en 1830 le port d’entrée des Canadas. Elle croît grâce à ce rôle clef de transbordement. Les incendies, la consommation humaine et le nettoyage de la ville entraîneront le développement de l’accès à l’eau– et de l’administration municipale pour la gérer.

Quelle culture de l’eau entretenir aujourd’hui?

Michèle Dagenais affirme que notre rapport à l’eau, notre culture de l’eau, se construit en fonction du regard qu’on y porte et des préoccupations qu’on a pour elle. Vers 1940 interviennent pêcheurs et chasseurs soucieux de la baisse des prises et inquiets de la qualité de l’eau qui diminue. L’historienne raconte leurs appréhensions, que l’on retrouve en dépouillant notamment la revue «La vie au grand air». Un mouvement naît. Ce sont ces gens du loisir qui engagent des scientifiques pour mesurer les taux de contaminants et qui forment la «ligue anti-pollution». Dans les décennies d’après apparaîtront des débats pour déprivatiser les rives, certains ambitieux comme le projet  «un  fleuve, un parc», entre Montréal et Sorel désormais discutés aussi au niveau provincial. Elle mentionne aussi la vision intégrée d’«Archipels» dans les années 1980.

Comme il n’y a pas eu d’époque enchantée, il n’y a rien à espérer d’un retour à un état de nature. Pour elle, il faudrait plutôt prendre les choses là où elles sont: on a créé des îles, on a bâti des ponts, il est impossible de revenir en arrière. Ne pas avoir un accès complet aux rives, c’est l’histoire même de la ville de par ses fonctions industrielles! Elles se poursuivent aujourd’hui dans l’est. Il faut cesser de penser l’eau sans les humains: ils vont ensemble. On ne peut pas non plus tenter d’en résoudre les problèmes en pièces détachées, car «l’eau, ça bouge, ça change!». Nos fonctions ont augmenté, mais elles se sont surtout transformées.

4 comments

  1. Il est étonnant en effet que les Montréalais n’aient pas plus envie de profiter des rivières et des lacs qui les entourent.

    On m’a raconté que lors d’un focus groupe en Angleterre à propos de l’image de Montréal auprès des touristes britanniques, c’est le fait qu’elle soit au bord du fleuve et qu’elle soit entourée d’eau qui revenait sans cesse comme l’une de ses caractéristiques les plus intéressantes de notre ville.

    C’est ce que nous avons tenté de mettre en valeur dans le livre Montréal au fil de l’eau http://alturl.com/dq82f mais encore là, force est de constater que les Montréalais ne s’y sont pas tellement intéressés.

  2. I just can’t wait to see the look on the environmentalists faces when we learn that we need to dam the St-laurence at Lasalle to harness the energy of the st-laurence river to met our ever-growing demand for electricity. Don’t like this scenario? well, how about shrinking your electricity consumption… or does having one of everything from Apple, facebook, twitter, kitchen appliance store, cordless everything… Time to shut it down and live without the modcons for a change.

  3. Daniel: il y a des anglais qui habitent en bateaux toute l’année; c’est possible que les anglais ne comprennent pas que notre fleuve n’est pas un environnement accueillant pour une partie de l’année. Mais je suis d’accord que c’est très étrange qu’il y a si peu de gens qui possèdent un bateau ou qui pense que l’eau qui nous entoure offre des possibilités intéressantes.

    Wolfy: yes, unplug everything, if you’re willing to withdraw from society and make yourself unemployable. Unfortunately, all those chargeable gadgets are what connect us up to the world now, and being skilled and comfortable at using them are basic to many jobs. Sure, you can choose to live in a cabin off the grid, but you have to accept that it puts you way outside the mainstream.

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