Walk the Region : Méditation sur l’île aux Fesses



Ce billet est contribué par Laurent Lussier, diplômé en urbanisme, qui a participé à Walk the Region/Ville, Banlieue, Campagne en juillet 2011.

Lors d’une traversée à pied de la région métropolitaine,  j’ai eu l’occasion de visiter l’île Perry, mieux connue, comme l’écrit l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, comme l’île aux Fesses.

Jusqu’à tout récemment ce charmant morceau de l’archipel montréalais servait essentiellement de support pour le pont ferroviaire du Canadien Pacifique, et une clôture garnie d’un écriteau « Défense d’entrer » venait en limiter l’accès. L’endroit était tout indiqué pour que les adolescents du coin percent la clôture et en fassent un lieu consacré à tout ce qu’ils ne pouvaient pas faire chez eux. À en croire cet article , c’est ce qui s’est produit dès les années 1960 et cette vocation a perduré, selon des témoignages de natifs d’Ahuntsic, jusqu’aux années 1990 au moins.

Maintenant, la Ville est devenue propriétaire de l’île qu’elle a convertie en parc. Assez curieusement, le parc serait maintenant un lieu de rencontre gai, selon certains pêcheurs amateurs choqués de s’être fait aborder.

Vrai que quand un lieu s’appelle l’île aux Fesses, il y a comme une identité qui s’installe. En fait, la pratique du sexe en plein air dans un même lieu, sur plusieurs décennies, ne peut que contribuer à en définir l’esprit. Un espace aussi multidimensionnel que le parc du mont Royal contient, quelque part dans son ADN (et du moins, dans l‘histoire de sa couche arbustive), la trace de toutes les activités plus ou moins décentes qui s’y sont déroulées. L’île aux Fesses serait un morceau ordinaire de la rivière des Prairies sans l’atmosphère sulfureuse qui entoure son nom.

Mais l’histoire de l’île aux Fesses soulève des questions importantes. Que devraient faire les pouvoirs publics quand un lieu devient un point de convergence pour le sexe en plein air? La répression est-elle alors la seule réponse possible? On admettra qu’il existe des cas intolérables d’indécences. La plage d’Oka, par exemple, serait constellée de condoms usés s’il faut croire ce que raconte l‘Écho de Saint-Eustache, tandis que des hommes nus feraient peur, selon certains témoignages, aux joggeurs qui traversent le parc Lafontaine tôt le matin.

Mais les espaces résiduels autour des infrastructures ou certains coins peu fréquentés des parcs, la nuit, peuvent-ils accueillir des usages qui ne peuvent être tolérés ailleurs? Est-ce qu’il peut exister une sorte de commensalisme de l’indécence, une pratique du sexe en plein air qui ne nuit pas aux activités légitimes qui prennent place dans l’espace public? Il serait intéressant de réfléchir à cette question, dont les implications s’étendent à d’autres activités comme les fêtes d’adolescent, le camping urbain et la pratique du airsoft gun, par exemple.

One comment

  1. On peut aussi lire sur le site de l’arrondissement que ce nom vient du fait que historiquement, les jeunes ENFANTS y allaient pour se baigner et qu’ils ne portaient pas de maillots.   
    Ce nom n’a rien à voir avec “une sorte de commensalisme de l’indécence, une pratique du sexe en plein air qui ne nuit pas aux activités légitimes qui prennent place dans l’espace public”. 

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