Quel avenir pour l’ancienne coopérative d’habitation de Saint-Léonard ?

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Vue aérienne de Saint-Léonard prise en 1958  montrant la coopérative d’habitation en construction au milieu d’un champ.  Source : Bibliothèque de Saint-Léonard

Après plus d’un demi-siècle d’existence, les quartiers de bungalows de première génération ont vieilli, socialement  et physiquement.  Les enfants ont grandi et ont quittés le nid familial, les ménages ont pris de l’âge et certains ont même été remplacés.  Les rues et les canalisations de ces premiers quartiers développés dans les années 1950 et 1960 seront à refaire d’ici dix à quinze ans puisque ces infrastructures approchent de leur durée de vie maximale. Du côté des bungalows, nombre d’entre eux ont par ailleurs été agrandis, lourdement modifié, voire même démoli et remplacé, puisque leur taille réduite ne répond plus aux besoins actuels de la population.  Étant bien différent du monument historique auquel la majorité de la population associe la notion de patrimoine, le bungalow, seul ou dans un ensemble, est aujourd’hui menacé puisqu’il n’est pas encore considéré comme étant un bien à préserver.

Dans l’arrondissement montréalais de Saint-Léonard, la situation est aujourd’hui critique pour un quartier de bungalow aménagé entre 1956 et 1962.  Ce quartier, le premier développement suburbain à voir le jour à St-Léonard,  fut  érigé en tant qu’ensemble coopératif par la Coopérative d’habitation de Montréal.  Il était originellement composé de 654 résidences unifamiliales, de sept différents modèles, d’un à un étage et demi, recouvertes de briques rouges. 

http://farm8.staticflickr.com/7229/7198292868_bfa19a348d_z.jpgLe bungalow à long pan, l’un des sept modèles de bungalow construit dans la coopérative.  Source : Guillaume St-Jean

50 ans plus tard, l’homogénéité paysagère et volumétrique qui caractérisait autrefois l’ensemble n’est plus.  Des 654 bungalows construits, seuls 278 d’entre eux subsistent encore sous leur première forme (en date d’une étude terrain effectuée en novembre 2011).  52 résidences ont subi une réfection partielle ou totale du revêtement extérieur, 83 ont été agrandies à l’aide d’une aile au rez-de-chaussée ou d’un second étage, un bungalow à été converti en lieu de culte et 21 autres ont été agrémenté d’un garage ou d’un abri d’auto. À ces différents types de modifications  s’ajoute une menace de taille pour ce quartier : la démolition.  En effet, depuis 1989, 121 bungalows ont été démolis. 120 ont été remplacés par de nouvelles constructions tandis que le terrain d’une de ces résidences a été vendu au voisin qui y a aménagé une piscine creusée.  Alors qu’il n’y eut que 2 démolitions/reconstructions au cours des années 1980, il y en a eu 32 au cours des années 1990 et 60 au cours des années 2000.  Ce nombre fut le plus élevé en 2011 avec un total de 23 démolitions/reconstruction.

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Une vue de la rue les Prévoyants en 2009 et en 2011.  Source : Google maps, Guillaume St-Jean

http://farm8.staticflickr.com/7075/7198298586_411c90059b_z.jpgRupture d’échelle et de style, Place des Fondateurs.  Source : Guillaume St-Jean

Sur les édifices reconstruits, seuls 19 sont des bungalows. Les 101 autres sont des cottages, soit des édifices de deux étages offrant une  aire habitable plus vaste.  Si la transition entre les bungalows reconstruits et les édifices originels se fait en douceur, la situation est tout autre avec les cottages.  En plus d’être d’un gabarit totalement différent, ce qui contribue à rompre l’homogénéité volumétrique, ces nouvelles constructions sont généralement d’un style architectural contrastant. Une forte proportion d’entre eux sont des néo-manoirs où tourelles, pignons et éléments décoratifs y sont utilisés en abondance.  Leur coefficient d’emprise au sol est beaucoup plus élevé, les marges de recul latéral sont moins généreuses et dans certains cas, la superficie de la cour avant est entièrement pavée.  D’allure beaucoup plus imposante, ces cottages contribuent à faire paraître vétuste les bungalows des années 1950 et 1960 qui les voisinent.

http://farm6.staticflickr.com/5200/7198283638_46fed4b8f3_z.jpgCottage situé au 8630 rue Aéterna.  Source : Guillaume St-Jean

http://farm8.staticflickr.com/7212/7198300188_d0317118fc_z.jpgUn cottage situé au milieu de bungalows sur la rue Paul Sauvé.  Source : Guillaume St-Jean

Si les principales caractéristiques de cet ensemble résidentiel ont été fortement altérées, elles n’ont pas pour autant complètement disparu.  Ainsi, la trame de rue est restée la même, la dimension des lots, la marge de recul face à la rue et la fonction résidentielle persistent, chaque résidence ne comporte toujours qu’un seul logement, les espaces verts situés dans les croissants sont toujours végétalisés et il existe encore des bungalows de chacun des sept modèles de propriété n’ayant pas été modifiés.

Bien que l’arrondissement règlemente l’implantation de ces nouvelles constructions; la marge de recul par rapport à la rue devant être similaire à celle des édifices voisins, celui-ci ne semble pas se soucier de la disparition imminente de la présence de la coopérative d’habitation.  St-Léonard ne dispose pas d’un comité de démolition, comme il est par exemple le cas dans les arrondissements du Sud-Ouest et du Plateau Mont-Royal ni d’un plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) qui pourrait permettre d’encadrer les modifications sur le territoire de la coopérative.

À titre d’exemple un PIIA destiné à un quartier de bungalow est actuellement en vigueur dans l’arrondissement d’Anjou et un autre dans l’arrondissement de Mercier, Hochelaga, Maisonneuve.  On y retrouve notamment des critères destinés aux nouvelles constructions et aux agrandissements quant à l’implantation de l’édifice, son gabarit, la forme et la pente de sa toiture, les ouvertures, les matériaux de revêtement et leur couleur ou encore l’aménagement de la cour avant et de l’aire de stationnement.

Considérant qu’il ne subsiste aujourd’hui que de rares témoins immobiliers témoignant du passé de Saint-Léonard, ne serait-il pas temps de considérer le patrimoine autrement et de puiser dans un passé plus récent afin de préserver la mémoire de cette ancienne ville aujourd’hui devenue un arrondissement montréalais ?  Après tout, la coopérative d’habitation n’a-t-elle pas été le tout premier développement résidentiel d’envergure de Saint-Léonard qui a permis de transformer le paysage rural des lieux en celui d’une banlieue ?

4 comments

  1. Oui, il faut que ce cas permette de réfléchir au sort d’un patrimoine considéré comme désuet. À ce compte, les duplex montréalais auraient été rasés en majorité au cours des années 1960 et 1970, si ce n’était de leur nombre. Une certaine classe moyenne les a adoptés, et modifiés en préservant ses qualités, avec un encadrement règlementaire municipal, fruit de pressions de groupes en patrimoine et de valorisation par des activités de sensibilisation, une appropriation comme icône de Montréal et autres actions. Le bungalow attend son heure, comme l’ont eux les petites maisons des vétérans qui sont très populaires, malgré leurs dimensions. Il faudrait le voir aussi comme témoin qui peut évoluer, en étant intégré à des constructions plus appropriées aux besoins. La valeur extrême des terrains ne les sert pas, car les acheteurs ont les moyens de se payer du luxe que n’avaient pas les coopérants des années 1950.

    Si rien n’est fait, Saint-Léonard, après avoir rayé son passé de village rural, rayera son passé de première banlieue pour devenir un exemple banal de banlieue des couronnes nord et sud des années 2000. Un effacement qui n’aidera pas la contruction d’une identité lcoale ni la diversité des quartiers montréalais. Il y a urgence à trouver et diffuser des solutions évolutives pour ce patrimoine modeste bâti autour de valeurs coopératives dans l’arrondissement et parmi les acheteurs, notamment auprès des descendants de communautés immigrantes en processus d’ascension sociale, comme tous les autres familles à la recherche de la banlieue en ville.
    D’autres villes ont-elles pris les devant ailleurs en Amérique du nord? Montréal aime imiter les réussites étrangères, pourquoi pas pour cela?

  2. Tout à fait déplorable.

    Je ne peux que penser à la démolition du Faubourg à m’lasse durant la Révolution tranquille ; projet qu’une majorité regrette aujourd’hui. On trouve tous que de détruire le patrimoine pour le remplacer par du neuf, insipide et sans saveur, est inacceptable. Cette panoplie de condos identiques et banals le long du tunnel Ville-Marie ont peut-être l’air modernes en 2012, mais deviendront vite de la pollution visuelle. Et aujourd’hui, nous sommes en train de faire exactement la même chose, mais avec des constructions plus récentes ! 

    Dans les années 60, on démolissait des immeubles qui tenaient depuis 60-75 à 100 ans. Aujourd’hui, on détruit les maisons de 40-50 ans parce qu’elles ne correspondent plus aux normes de modernité et d’architecture “néo-manoir” à la Dix30 complètement absurde. 

    Nous regretterons certainement ces décisions dans 40 ou 50 ans quand, à leur tour, ces châteaux de la classe moyenne paraîtront dépassés.

    Au contraire, préservons, conservons, et soyons fiers. S’il y a une chose que l’on a apprise, c’est que de balayer le vieux pour le remplacer par du neuf, au lieu de s’efforcer à le préserver, n’est jamais une solution viable à long terme.

  3. J’ai une de ces propriétés que je trouve charmante, que j’ai fait réisoler et rebriquetter en briques rouges qui correspondent au style de la maison. Les fenêtres d’origine sont très certainemnt à changer, personne ne veut installer et ranger des fenêtres doubles et les repeindre, on s’entend. Mais ces maisons sont très bien construites, la mienne en tous cas n’avait pas de vice de construction, et il y a tout à fait moyen d’avoir un système de chauffage et une entrée électrique qui correspond à la vie moderne, sans défigurer la maison et le quartier.

    Chaque fois qu’une maison est à vendre, je me demande si on l’arrachera en 2 jours pour bâtir ces habitations que vous décriez, et en éliminant au passage ces arbres qui font aussi la beauté des rues, nous offrent de l’oxygène et nous rafraîchissent l’été. Les réglements sur la quantité de terrain autour d’une maison et les réglements sur les arbres semblent volatils à St Léonard.

    Puis je aussi demander quel urbaniste a organisé la rue Jarry avec de beaux lampadaires pour lui redonner son style, et permis la construction d’édifices et de condos aussi disparates, dont un offre même la vue de côté plutôt que l’entrée sur la belle rue Jarry qu’on voulait d’époque? Et pour réaliser cette rue on a sacrifié l’entrée de maisons de coopératives dont celle coin Aimé Renaud et Jarry, qu’un nouveau propriétaire est en train de rénover. J’espère qu’il le fera avec goût, au moins il ne l’a pas arrachée.

    On a une belle ville qui fait un concours annuel de maisons et balcons fleuris (et que ne donne pas le prix aux “reposoirs” avec une surabondance de fleurs rocambolesque)

    Je ne souhaite pas devenir maison historique avec toutes les contraintes que ça apporte, mais j’aimerais qu’un urbaniste digne de ce nom prenne ce dossier en mais avant que la défiguration soit totale.

    Pauline Desrosiers

  4. Mon père a acheté un bungalow en “L” (no.?) sur un superbe terrain de 7450 pi. ca., en 1959. C’était encore le début de la Coop. d’Habitation de Mtl. Quels changements et surtout quelle tristesse… quand on voit ce qui s’est passé dans les années 1990 et 2000! Du bungalow de mes parents, aujourd’hui décédés, il ne reste plus rien, sinon un “Superbe Cottage” construit sur les ruines de mon ancienne demeure… J’ai essayé de reprendre l’héritage de mes parents et emménager avec ma femme et mes enfants, dans une demeure redécorée modestement, mais malheureusement je me suis buté à un voisin récalcitrant qui m’a fait renoncer à revenir dans mon voisinage d’enfance…. J’en suis très malheureux aujourd’hui… Il est venu voler une partie de ma vie, celle de ma famille açtuelle et en partie celle de me parents… Que dire de plus… un bandit…

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