À l’intersection de l’architecture et de la politique

Mardi soir, lors du café des Z’A à la MAQ, nous avons lancé la conversation : comment les architectes devraient-ils contribuer à la politique? 

«C’est clair qu’il faut que l’architecte s’implique en politique,» affirme Anna Nunes, une des seules architectes à siéger à l’hôtel de ville de Montréal entre 2005 et 2013.

Bien que ce soit son implication bénévole, et non sa profession d’architecture qui l’ait propulsée en politique, Nunes dit qu’elle voit la ville avant tout comme une réalité physique, bâtie et donc architecturale. Elle arrivait donc avec un bagage de connaissances plutôt rare à l’hôtel de ville, où la majorité des élus ont peu d’expérience concrète en matière de construction, d’urbanisme, ou même de gestion de projet ou de budgets.

L’architecte a-t-il alors le profil à la fois gestionnaire et visionnaire que nous souhaiterons retrouver dans nos élus?

Selon Daniel Quirion, architecte sherbrookois impliqué à la Chambre de commerce, ainsi que dans plusieurs autres organismes locaux, la formation d’architecte serait une bonne classe préparatoire à l’hôtel de ville. Tous ceux qui passent par l’école de l’architecture ont subi des sessions de critique intenses : «on est démoli et on se reconstruit,» raconte-t-il. Ceux qui survivent à ce rite apprennent à continuellement justifier leurs choix et deviennent des adeptes à la fois du compromis et du rassemblement.

«L’architecte a comme devoir de répondre au client, mais d’être conséquent par rapport à la société,» dit-il.

N’est-ce pas, dans un sens, ce qu’on cherche dans nos élus municipaux?

Entre l’altruisme et le désintéressement

Les architectes doivent travailler pour le bien commun, croit Owen Rose. Il joue lui-même un rôle dans la société civile en tant que membre du Centre d’écologie urbaine et de Mont-Royal Avenue Verte, mais il garde ses distances par rapport à la politique partisane. Quand certains membres de Mont-Royal Avenue Verte ont lancé Projet Montréal, il a préféré conserver sa neutralité.

Quand vient le temps de proposer des grands projets pour la ville, les décisions importantes sont souvent prises en amont, bien avant que l’architecte soit appelé à y contribuer, note Mark Poddubiuk, qui occupe présentement le poste de directeur du programme en design de l’environnement à l’UQAM.

Poddubiuk a mené plusieurs projets de consultation publique, tels que Benny Farm, les cours CN à Pointe-Saint-Charles, et l’agriculture urbaine sur le site de l’hippodrome,  et en conclu que le rôle de l’architecte est surtout d’écouter le public, de prendre le pouls des tendances lourdes ainsi que des «signaux faibles» de la société contemporaine, et de leur donner forme.

«Je crois que l’architecte doit conserver son autonomie, ce qui assure sa crédibilité comme médiateur, facilitateur, guide ou même simplement interprète de notre condition actuelle,» dit-il, rajoutant avec un clin d’œil que son opinion a surement été teintée par sa collaboration avec des groupes anarchistes et autogérés, notamment lors du projet d’acquisition du Bâtiment 7.

«On exagère peut-être le rôle de la politique» ajoute-t-il, en lançant l’exemple du quartier Griffintown, largement redéveloppé par le secteur privé.

Dans la salle, l’architecte Martin Houle s’est demandé si les architectes ne vivaient pas plutôt dans le déni de leur relation à la politique. Les architectes sont de toute évidence dépendants de l’argent, des commandes publiques, des lois et règlements, mais ils évitent le plus souvent de réfléchir à cette dimension politique de leur pratique.

«Si les architectes ne s’impliquent pas dans le milieu,» dit Nunes, «ils vont être dépassés par les ingénieurs et les entrepreneurs qui sont de plus en plus présents.»

Avec Laurent Lussier

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