L’héritage de la Dominion Bridge : entre le matériel et l’immatériel

Grue sur rail, 1920, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

L’imposition par le gouvernement Macdonald d’un tarif douanier protectionniste, conjugué à une importante demande de structures en acier et de ponts métalliques pour la construction du chemin de fer transcanadien, incitent un groupe d’hommes d’affaires à former, en 1879, la Toronto Bridge. Elle sera renommée la Dominion Bridge trois ans plus tard.

Dans le but de se rapprocher des sièges sociaux des principales compagnies ferroviaires canadiennes situés à Montréal et pour profiter de la proximité du canal et du fleuve, la Dominion Bridge opte pour construire son usine principale à Lachine. Les travaux de construction débutent à partir de 1883.

Pont de Lachine construit par la Dominion Bridge, 1886, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada

Pont de Lachine construit par la Dominion Bridge, 1886, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada

La construction en 1886 du pont ferroviaire de Lachine figure parmi les premières grandes réalisations de l’entreprise. Pour sa construction, la Dominion Bridge a notamment recours aux ouvriers Mohawks de Kahnawake reconnus, depuis la construction du pont Victoria entre 1854-1859, pour leur capacité légendaire à défier le vertige lors de l’exécution de travaux en hauteur.

Girder Shop 1915

Construction de la «girder shop», 1915, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Dans le but de profiter de nouveaux débouchés et grâce au savoir-faire remarquable de ses ingénieurs, la Dominion Bridge diversifie ses activités dans les années 1890 et se lance dans la fabrication de structures d’acier utilisées pour la construction d’édifices en hauteur.

Cours d'entreposage - dominion bridge company

Cours d’entreposage, vers 1947, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Cette diversification, et la hausse de la demande qui s’ensuit, forcent la Dominion Bridge à agrandir progressivement son complexe. Sans surprise, la conception et la construction des nouveaux bâtiments sont assurées à l’interne par les ingénieurs et les ouvriers de l’entreprise.

L’expertise de ses travailleurs et de ses professionnels permet à la Dominion Bridge d’être reconnue comme l’une des plus importantes compagnies au pays dans son secteur d’activité. Pour reprendre les termes de Mary H. Shearwood, la Dominion Bridge a, par ses efforts et ses réalisations, participé, au sens propre comme au figuré, à créer les bases du Dominion du Canada.

Les ingénieurs et designers à l’œuvre, 1949, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Les ingénieurs et designers à l’œuvre, 1949, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Au début du 20e siècle, l’entreprise poursuit sa diversification et se lance notamment dans la fabrication d’équipement pour les centrales hydroélectriques et pour les usines de pâtes et papiers. Plus important employeur de Lachine, la Dominion Bridge entraîne par sa présence une urbanisation accélérée du secteur.

Vue aérienne de Lachine, 1910-1912, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Vue aérienne de Lachine, 1910-1912, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Comme bon nombre d’autres usines canadiennes durant le conflit mondial, la Dominion Bridge se voit dans l’obligation de participer à l’effort de guerre. Par conséquent, la production est orientée selon les besoins militaires. Les femmes font alors leur entrée à l’usine, notamment pour aider à la fabrication d’obus.

Femmes à l’atelier de fabrication d’obus, 1939-1945, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Femmes à l’atelier de fabrication d’obus, 1939-1945, Fonds Dominion Bridge Company, Bibliothèque et Archives Canada.

Après la faillite de l’entreprise en 1998, les installations de la Dominion Bridge sont rachetées par le Groupe ADF et le Fonds de solidarité de la FTQ. L’important savoir-faire dans la fabrication et l’installation de structures en acier développé au cours des décennies ne s’est pas pour autant perdu à la suite du rachat de l’entreprise. Au contraire, le départ d’ouvriers et d’ingénieurs de la Dominion Bridge vers d’autres entreprises montréalaises, dont le Groupe ADF, a permis à la région de Montréal de maintenir sa position en Amérique du Nord de joueur important dans le domaine de la production et la conception de structures d’acier. D’ailleurs, l’expertise du Groupe ADF, maintenant installé à Terrebonne, est régulièrement mise à profit aux États-Unis pour la supervision et l’installation de structures d’acier pour la construction de stades sportifs et de gratte-ciels, dont le One World Trade Center à New York.

Structure abandonnée de la Dominion Bridge, 2012. Christophe-Hubert Joncas

Structure abandonnée de la Dominion Bridge, 2012. Christophe-Hubert Joncas

Pour plus d’informations : Répertoire du patrimoine culturel du Québec

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