La Maison LaFontaine : témoin essentiel à notre mémoire.

Article soumis par Michael Fish, activiste pour la conservation de l’architecture.

Depuis trente ans, des Canadiens de toutes allégeances, y compris les éditorialistes des grands médias, ont appuyé l’achat de La Maison LaFontaine, afin qu’elle devienne monument muséal national. Actuellement, bien qu’il soit interdit de la démolir, La Maison peut aujourd’hui être morcelée et vendue comme condos.

La Maison LaFontaine commémore deux de nos plus importants chefs politiques, de même que deux événements cruciaux survenus pendant les années de turbulence s’étalant de la rébellion de 1837-38, à la Confédération de 1867.

La source et la trace du caractère spirituel de notre Canada originent de deux hommes exceptionnels: Louis-Hippolyte LaFontaine et Robert Baldwin. Leur grande amitié a permis un soutien mutuel et une générosité réciproque, sans pareils. Nous leur sont redevables, tant du succès de notre démocratie prospère que de notre nation compatissante et de partage, lesquelles font l’envie du monde entier.

En 1848, le Canada aurait pu voir son premier gouvernement responsable renversé par la force. Ce ne fut pas le cas. Deux événements cruciaux ont empêché ce renversement:

Premier événement : après une campagne soutenue, conduite et incarnée par LaFontaine, l’Angleterre modifiait, en 1848, l’Acte d’Union des Canadas, afin que la langue de la majorité du Canada-Est, le Français, redevienne l’une des langues officielles du pays.

Deuxième événement : la Loi sur l’indemnisation des pertes survenues lors des rébellions dans le Bas-Canada était adoptée en 1849. Cette Loi a résolu dix ans de dispute portant sur les dommages encourus lors de la rébellion par les habitants du Bas-Canada. Une loi semblable avait déjà été adoptée dans le Haut-Canada. Toutefois, ces derniers bénéficiaires étaient tous Anglophones. Un traitement inégal à l’endroit des Canadiens-Français aurait ravivé l’agitation civile et engendré le retour d’un contrôle militaire.

À Montréal, les hommes d’affaires irlandais et protestants-anglais se sont ameutés, brûlant le Parlement, le 25 avril 1849, soit le jour-même où Lord Elgin, devenu depuis un an gouverneur- général, avait signé ladite Loi.

Ce jeune Canada Uni a accompli ce que très peu d’états n’ont jamais osé accomplir et que la plupart des pays ne font toujours pas. LaFontaine, Baldwin et d’autres réformistes ont conçu une démocratie ne reposant pas sur un peuple, une langue, une religion ou une classe, ou quelqu’autre idée centrale. Notre démocratie est plutôt basée, pour paraphraser John Ralston Saul, sur de nombreux programmes économiques, sociaux, politiques et administratifs, délibérément conçus pour réduire les écarts entre les races, les classes, les religions et les groupes linguistiques. En bref, notre pays se fonde sur le respect de la diversité. La Maison (Baldwin)-LaFontaine raconte cette histoire unique.

La préservation de la paix, ainsi qu’un gouvernement responsable ne tiennent parfois qu’à un fil.

Notre progrès aurait pu s’effondrer à de multiples reprises. À titre d’exemple, si le sort du pays est déjà demeuré en suspens, même l’espace de quelques minutes, ce fut peu après midi, le lundi 30 avril 1849, soit quelques jours à peine après l’incendie du Parlement, quand Lord Elgin s’approcha du Château Ramezay pour recevoir une pétition le remerciant pour son approbation de la récente Loi. Circulant à travers une foule d’Anglophones, il a été la cible de boue, de légumes et même d’une brique. Un groupe de soldats positionnés à l’entrée de la Place Jacques-Cartier attendait l’ordre de tirer sur les émeutiers. Observant calmement la scène depuis le jardin du Château, se trouvaient les deux amis Baldwin et LaFontaine. Allaient-ils ordonner aux soldats de tirer sur la foule, pour la disperser ?

De leur décision, dépendait notre futur. Aucun ordre n’a été donné. En n’attaquant pas la foule, ils ont évité un moment terrible, déterminant: tuer des citoyens, ou pire, un gouverneur-général. Beaucoup aurait pu s’ensuivre. Puisqu’il ne s’est rien passé, le pays a évité un incident marquant qui aurait pu changer pour longtemps le cours de notre histoire, pour le pire.

La Maison LaFontaine encapsule les souvenirs de la vie légendaire couvrant quarante ans de la vie de Lafontaine, dont sa vie hors de ses fonctions comme ministre. Elle parle aussi des six gouverneurs-généraux du pays, tout au cours de la vie de LaFontaine. Aucun autre site au Canada ne peut mieux témoigner de ces gens, de ces événements et de l’époque. L’occupation par le domaine public de cette Maison s’impose.

Lafontaine

LaFontaine et la langue Française

L’association de LaFontaine au retour, après dix ans, des droits de la langue Française au Canada est d’une importance capitale. Il en est aussi ainsi pour la Francophonie et pour ce qui à trait aux droits des langues minoritaires, partout dans le monde. En conclusion, l’ajout d’un musée sur la langue française complèterait tout développement d’un monument rattaché à la Maison LaFontaine. Ce musée pourrait se situer dans un espace adjacent à la Maison, soit dans l’un des nouveaux bâtiments sur le site.

C’est mon espoir que le Maire de Montréal et le Conseil de Ville s’activent en ce sens. Le peu de temps restant d’agir est précieux.

Note 1. L’élection de 1848 a été significative. En plus d’accepter que le partenariat LaFontaine-Baldwin ait remporté une majorité à l’Assemblée, Lord Elgin a accepté le fait que LaFontaine soit le premier Premier-Ministre de Canada-Uni. À l’exemple de ses cinq prédécesseurs, Lord Elgin aurait pu refuser de reconnaître l’un et l’autre.

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