Attention, il y a peut-être des familles dans votre quartier

Je voudrais ajouter un dernier volet aux questions que j’ai soulevées la semaine dernière  : si on veut retenir les familles à Montréal, à quel endroit exactement voudrait-on qu’elles restent ?

Parce qu’il y a des endroits à Montréal où ça ne manque pas de familles. Les arrondissements de Montréal-Nord, Saint-Laurent et Saint-Léonard, entre autres, comptent une aussi grande proportion d’enfants que des banlieues de deuxième couronne comme Lorraine et Bois-des-Filion et, plus surprenant encore, la proportion d’enfants y est en croissance depuis 2001. Et en compilant les données sur les arrondissements montréalais, on se rend compte que dans plusieurs d’entre eux, les familles ne manquent pas : CDN-NDG se compare à Boucherville ; Ahuntsic-Cartierville dépasse Brossard ; Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (est-ce qu’un candidat à la mairie pourrait proposer de raccourcir les noms des arrondissements ?) atteint la même proportion d’enfants que Saint-Sulpice, une municipalité de 8e couronne à côté de Repentigny où vous pouvez acheter une unifamiliale avec 4 chambres et 2 salles de bains pour 189 000 $. Mais la palme revient sans conteste à Outremont où plus de 21 % de la population est âgée de moins de 15 ans (merci à la communauté Hassidim) ce qui place cet arrondissement tout juste derrière Candiac, une ville dont le site web constitue presque une invitation à procréer.

Évidemment, dans d’autres arrondissements de Montréal, il n’y a pas beaucoup d’enfants : dans Ville-Marie et sur le Plateau-Mont-Royal en particulier. Mais on ne peut pas dire que les familles ont fui ces arrondissements : elles n’y sont pas plus présentes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient il y a dix ans.

Aussi, il n’est pas tout à fait exact d’affirmer que les familles quittent Montréal : entre 2001 et 2011, c’est essentiellement dans L’île-Bizard–Sainte-Geneviève, Rivière-de-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Le Sud-Ouest, Pierrefonds-Roxboro et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve que la proportion d’enfants a diminué. Dans les autres arrondissements, on observe une diminution minime ou une augmentation de cette proportion.

Sur la base de ces observations, je me demande s’il est pertinent de parler de rétention des familles à Montréal en général. Si j’habite dans le Sud-Ouest et que je constate que les familles disparaissent dans mon quartier, qu’est-ce que ça me fera de savoir qu’à Montréal-Nord et Saint-Laurent, elles sont en croissance ? Si j’ai de la difficulté à trouver un grand logement abordable pour une famille de quatre à Saint-Henri, est-ce que je vais être heureux de déménager à Saint-Léonard, en me disant que ça me permet de rester à Montréal ? La question des familles à Montréal se vit de toute évidence à l’échelle des quartiers, et non à l’échelle de la ville.

De plus, les moyens à mettre en œuvre pour retenir les familles ne seront manifestement pas les mêmes selon que l’on intervient dans Pointe-aux-Trembles ou Côte-des-Neiges ou Griffintown. Et on ne s’adressera manifestement pas au même genre de familles et on ne répondra manifestement pas aux mêmes objectifs.

Alors, à quels endroits devrait-on retenir les familles ?

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