Patrimoine en péril; l’environnement de la maison Desrochers

La maison Desrochers, située au 6695 rue Jarry Est.  Source : Guillaume St-Jean

En 2013, la coopérative d’habitation de St-Léonard et sa disparition de façon sournoise, causée par un manque d’encadrement réglementaire par l’arrondissement St-Léonard, fut mise en lumière dans les médias grâce à l’inscription des lieux dans la liste annuelle des sites menacés d’Héritage Montréal.

Cette coopérative, le plus vaste ensemble de bungalows à avoir été réalisé au Québec selon un mode de gestion coopératif et qui constitue par ailleurs LE premier développement immobilier qui transforma le paysage rural de St-Léonard en celui d’une banlieue ne semble toutefois pas avoir encore gagné en popularité auprès des instances décisionnelles de l’arrondissement.

À l’heure actuelle, le bungalow moyen est malheureusement et principalement encore analysé en fonction de la notion d’historicité.  Il a donc du mal à s’imposer comme étant un élément patrimonial puisqu’il appartient à un passé récent et qu’il ne relève pas du caractère traditionnel de la plupart des édifices auxquels s’attache habituellement la majorité de la population.

À la lueur de ces informations, nous serions donc portés à croire que l’arrondissement est plus soucieux de protéger les édifices qui relève du caractère traditionnel de la figure patrimoniale, soit dans ce cas, des quelques anciennes maisons de ferme subsistante du St-Léonard rural. Pourtant, il n’en est rien.

Depuis les années 1950, la quasi-totalité des anciennes résidences de ferme a été effacée du paysage léonardois. Au début des années 1970, il subsistait encore près d’une vingtaine d’anciennes maisons de l’époque rurale le long de la rue Jarry. Un bon nombre d’entre elles avait toutefois été converti en édifices à logements ou en locaux commerciaux, voire même laissés à l’abandon. Une étude commandée à l’urbaniste-conseil Gaëtan Richard en 1975 par le Conseil Municipal de Saint-Léonard avait recommandé d’entamer les démarches afin de faire déclarer arrondissement historique par le gouvernement provincial (aujourd’hui un site du patrimoine en vertu de la LPQ) une portion de la rue Jarry à proximité de l’église. Ce projet d’arrondissement historique ne vit évidemment jamais le jour et la majorité des maisons situées dans le secteur à l’étude furent démolies moins d’une décennie plus tard. Dans les années 1990, avant les fusions municipales, la Ville de St-Léonard a elle-même démoli une ancienne résidence dont elle était la propriétaire afin de la remplacer par un CLSC.

En 2014, outre l’église, son presbytère et le cimetière, ne subsistent plus que 10 maisons qui témoignent par leur présence du passé rural de St-Léonard. Neuf de ces maisons sont implantées le long de la rue Jarry tandis que la dixième, qui fut de toute évidence déménagée se dresse sur la rue des Forges. Sur ces dix résidences, cinq sont en pierre grise. Quatre de ces résidences de pierre sont toujours habitées tandis que la cinquième est transformée en restaurant. Deux de ces résidences, soit la maison Dagenais et la maison Gervais-Roy sont par ailleurs classées immeuble patrimonial en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

À l’angle de la rue Jarry Est et de la rue du Creusot se dresse la maison Desrochers, une ancienne maison de ferme construite en 1858. Jusqu’en 2011, celle-ci voisinait un bungalow construit dans les années 1950. Suite à la démolition du bungalow, le terrain est resté vacant, mais les nombreux arbres matures implantés aux abords de la rue ont subsisté. Ces deux terrains végétalisés contrastent avec le paysage environnant puisque cette section de la rue Jarry où la fonction commerciale est omniprésente est en grande partie dominée par des terrains de stationnements.

14137460238_286b08f2ca_zIntersection des rue Jarry Est et du Creusot.  Source : Google Streetview / Guillaume St-Jean

Dans plusieurs arrondissements montréalais, le règlement sur les démolitions n’autorise pas qu’un édifice soit démoli à moins qu’un projet de remplacement, conforme aux autres règlements, soit proposé.  À St-Léonard, la situation est tout autre puisque trois ans après la démolition du bungalow, le terrain est toujours vacant. La situation pourrait toutefois changer prochainement puisqu’une enseigne annonçant un futur projet immobilier fut récemment installée sur le site. Si le projet se concrétise, les arbres seront rasés et un édifice de deux étages, comprenant des commerces et des bureaux sera construit tout juste en bordure de la résidence de plus de 150 ans d’histoire.

L’avenir de la maison Desrochers s’avère donc incertain si l’immeuble commercial est construit. Elle ne sera pas démolie, mais sa localisation entre deux ensembles commerciaux nuira considérablement à sa mise en valeur. Elle sera sans doute éventuellement reconvertie en édifice commercial, telle qu’elle était dans les années 1980. Ses jardins seraient alors remplacés par un stationnement et tous les efforts que ses propriétaires actuels auront mis pour la mettre en valeur seraient effacés.

14137615597_ac6b6f2de9_zL’enseigne du futur projet.  Source : Guillaume St-Jean

La construction d’édifices commerciaux dans ce secteur ne peut être évitée puisque le zonage l’autorise. Dans ce cas par contre, un règlement qui n’autorise pas la démolition de résidence unifamiliale sans la présentation d’un projet de remplacement conforme aurait sans doute permis d’éviter une erreur qui se matérialisera éventuellement sous la forme d’un édifice cubique revêtu d’un parement de couleur orangée et fusain.

À quand une refonte de la règlementation et la mise en place d’un cadre règlementaire visant à préserver et mettre en valeur le patrimoine de l’arrondissement St-Léonard ?

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