La voiture en libre-service ne va pas tuer le taxi, mais elle va peut-être lui botter le derrière

Car2Go et Taxi sur la rue St-Dominique. Photo par Alexandre Cv

«  Il faut évaluer l’impact sur l’industrie du taxi ». Pour le maire Denis Coderre, qui a l’industrie du taxi particulièrement à coeur, cette phrase agit comme un leitmotiv pour justifier le report de l’implantation panmontréalaise de la voiture en libre-service (VLS). Il est vrai que depuis la mise en service de la ligne de bus 747 et le déploiement de BIXI, l’industrie du taxi paie en partie les frais de ces nouvelles initiatives en transport intra-urbain. Tant pour la ligne 747 que pour Bixi, l’industrie du taxi a fulminé, invoquant des pertes de l’ordre de 30%. L’arrivée de la VLS n’enchante pas davantage le représentant de l’industrie, qui y voit l’équivalent d’ «une balle dans la tête de l’industrie du taxi ». Si l’industrie du taxi se sent menacée par ces nouvelles offres en transports, c’est peut-être que pour certains déplacements, ce sont simplement des modes plus judicieux que le taxi.

Un transfert modal logique

La grande majorité des déplacements effectués avec le bus 747 ou Bixi ne devrait pas se faire en voiture. Pour un voyageur, privilégier le bus à la place du taxi pour quitter ou se rendre à l’aéroport contribue directement à réduire la congestion des axes autoroutiers est-ouest (surtout l’A20) et libère les pourtours des hôtels et lieux touristiques du centre-ville.

Dans la même optique, les déplacements pendulaires vers le centre-ville à partir des quartiers centraux ne devraient pas de se faire en voiture. L’été, le Bixi comporte le double avantage de la réduction de la congestion routière et de l’augmentation de l’activité physique chez ses usagers. Le fait qu’un certain transfert modale s’effectue vers la VLS est aussi logique. Selon une récente étude de trois chercheurs de l’école Polytechnique, « une proportion variant entre 10% et 15% » des déplacements faits en VLS le sont aux dépens du taxi. Ici encore, si ce changement de mode s’effectue, c’est que dans 10 % à 15% des cas, la VLS est plus appropriée.

Quelques avantages de la VLS sur le taxi

  • Un usager de la VLS se rend habituellement à pied à sa voiture. Le taxi, à moins qu’il n’embarque un client sur la route ou à une station de taxis, doit se rendre jusqu’au client et retourner, soit vers sa station, soit vers un autre client. Durant ces trajets, c’est simplement une voiture de plus sur la route.
  • Lorsqu’inutilisée, la VLS est immobilisée. Durant cette attente, le moteur ne tourne pas au ralenti, comme c’est le cas durant la moitié de l’année pour les taxis.
  • Les deux compagnies de VLS, soit l’allemande Car2Go et l’entreprise québecoise Communauto, proposent respectivement des véhicules à faible consommation d’essence pour l’une et hybrides ou électriques pour l’autre. Le nombre de taxis montréalais hybrides est ridicule et l’électrification de la flotte demeure un projet flou.
  • Un trajet en taxi coûte plus ou moins le double qu’en VLS. Lorsqu’un chauffeur n’est pas requis, la VLS devient très compétitive.
  • Il n’y a pas de transaction à l’acte avec la VLS, ce qui contraste avec les chauffeurs de taxi soupirant lorsque l’on demande simplement de payer par carte.

Quelle place pour le taxi ?

Le taxi est un mode de transport nécessaire, particulièrement comme élément clé du cocktail transport. Le transport non urgent vers les lieux de soins et de santé, des voyages d’affaires ou de tourisme, certains trajets uniques, les déplacements lors d’intempéries, les déplacements après consommation d’alcool sont autant d’exemples où le taxi est difficilement détrônable. Toutefois, il est vrai que la multiplicité de l’offre actuelle, en développement et à venir en transport intra-urbain gruge et grugera des parts au taxi, ce qui est normal.

Plus l’offre en transport est diversifiée, plus il y a de chance que les usagers se tournent vers le mode le plus approprié à leurs besoins en déplacement. L’industrie du taxi ne peut plus s’assoir sur son postérieur et le « coup de pied dans le derrière » que représente l’arrivée de l’application Uber en est un excellent exemple. L’industrie du taxi, au lieu de crier au loup à chaque nouvelle offre en transport, devrait réfléchir sur son sort, se moderniser et miser sur ses forces —il y en a plusieurs— afin de demeurer au coeur des choix de la mobilité urbaine.

One comment

  1. Ce n’est pas une question de parts de marché.
    C’est une question d’écosystème.

    Avec l’explosion d’offre de mobilité altenative à l’automobile, il est plus facile de renoncer à l’acquisition d’une voiture et de ralentir la motorisation des ménages, surtout au coeur de Mtl. (chiffré par Polytechnique)
    Les VLS contribuent grandement à aggrandir le bassin de gens sans voiture, qui se prémunissent de l’offre de mobilité altenative (vélo, bixi, taxi, autopartage classique et VLS)
    Ainsi, les VLS font grossir cet écosystème, dont fait partie le taxi. Ce dernier devrait en ressortir gagnant, surtout si, en effet, il mise sur ses forces et s’améliore (“se botte le derrière”)

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