La guerre des drones et notre espace urbain

Système de défense anti-drone de la compagnie Blighter. Credit: blighter.com

Alors qu’Amazon est en train de peaufiner ses modes de livraison par drone en Colombie-Britannique, le récent crash d’un UAV (Unmanned Aerial Vehicle) dans le jardin de la Maison blanche et les survols de plusieurs usines nucléaires et sites militaires français par des drones inquiètent les gouvernements. Le drone domestique, s’il peut transporter un colis ou une caméra, peut très bien s’accommoder d’une charge explosive ou d’une arme quelconque. Ceci suscite beaucoup d’attention chez les autorités, particulièrement depuis qu’il est plus facile que jamais de se procurer, de construire et de faire voler un drone. De fantasme jouet destiné à quelques geek fortunés, le drone est en voie de devenir un objet incontournable pour une panoplie d’usages dont la publicité, le journalisme, la science, l’art ainsi que pour ses penchants illégaux, depuis le voyeurisme jusqu’à l’attaque terroriste.

Préoccupations dans le ciel québécois ?

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Combat amateur de drones. Crédit: Game of drones.

Transport Canada a déjà une législation relativement précise sur l’utilisation des drones et a d’ailleurs déjà sévit. En fait, c’est au Québec que la question semble la plus d’actualité, car comme le soulevait Radio Canada, toutes les amendes distribuées par Transport Canada depuis janvier 2014 pour des vols illégaux de drones l’ont été au Québec, tout comme la majorité des enquêtes ou des incidents liés à des drones. Et la frontière entre un jeu dangereux ou une intention belliqueuse est très mince, comme le démontre l’ouverture d’une enquête de Transport Canada suite à la publication d’une vidéo mettant en scène deux amis s’amusant à s’attaquer depuis un drone armé de feux d’artifices.

Des enjeux de contrôle

Le problème, c’est qu’en cas de vol suspect ou dangereux, la neutralisation des drones en milieu urbain ne peut se faire de la même façon que dans une zone de guerre. Même si la technologie de destruction de drone en vol à l’aide de laser est de plus en plus efficace, les dommages collatéraux advenant un tir raté ou de la chute de l’objet et de ses pièces sont difficiles à prévenir. À l’heure actuelle, plus un pilote est éloigné de son objet téléguidé, plus son identification est difficile. Un amateur qui fait voler son gadget sans bien connaitre les lois et les pratiques peut-être relativement facile à invectiver. Mais les malfaisants plus expérimentés disposent d’alternatives diverses pour mener à bien de l’espionnage ou des attaques. Par exemple, il est possible de préprogrammer un vol de drone afin que l’objet suive un tracé ponctué de signaux GPS, ce qui rend pratiquement impossible l’identification de l’humain derrière l’objet.

Les autorités se mobilisent

La France, qui est une des nations les plus à l’affût sur la question des drones, vient de présenter ses stratégies dans la lutte anti-drone.

Les compagnies qui produisent du matériel de contrôle de drone sont aussi actives que celles qui produisent des drones. Les grandes entreprises joignent leurs forces et leur expertise pour fournir aux gouvernements du matériel, comme c’est le cas en Angleterre avec le système développé par Blighter Surveillance Systems et illustré ci-haut. La méthode utilise le brouillage d’ondes entre le pilote et le drone, permettant la prise de contrôle de l’objet par une tierce partie. Comme il y a de plus en plus de zones interdites de survol, il n’est pas illusoire de croire qu’il s’installera de plus en plus de structures similaires aux photo-radars routiers, mais pour les airs. Ces structures vont changer le paysage des villes et vont initier une nouvelle étape dans les réflexions sur la sécurité, l’éthique et la surveillance.

La protection du domicile

Les particuliers les plus fortunés se font déjà offrir des systèmes civils d’identification et de contrôle des drones. Ces systèmes varient d’antennes diverses jusqu’au drone chien de garde, qui est posté dans le jardin, se tenant prêt à neutraliser un ennemi. Cet objet ferait plaisir à Kanye West, qui n’apprécie guère de se faire espionner depuis les airs. Lors de sa défense dans un cas une poursuite dans une affaire de paparazzi, il a demandé à la cour s’il devra apprendre à sa fille de 1 an comment apprendre à nager dans la piscine de la maison tout en évitant des chutes de drones espions qui survolent son domicile.

Extrait d’un guide de survie destiné aux civils. dronesurvivalguide.org

De l’armée jusqu’à vous

Le four à micro-onde ou le GPS sont des produits développés pour un usage militaire et qui sont quotidiennement intégrés dans nos habitudes de vie. Il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas avec les drones. De surcroit, plusieurs armées ont développé des modèles de drones capables d’identifier, de juger et d’abattre une cible de manière totalement automatisée. Ceci transfère donc l’imputabilité d’une action à un robot volant. Le ciel devient ainsi « l’espace des drones » ou le dronescape, soit un espace des possibles.

Actuellement, des objets volants se promènent dans notre ciel et ils sont portés par les intentions que veulent bien leur conférer leurs utilisateurs. Éventuellement, ces objets seront présents par nués et se livreront un inquiétant combat pour l’occupation et le contrôle du ciel au-dessus de nos têtes.

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